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Articles de presse

"De la poétisation de la vie rimée avec l'amour et la beauté"…

Journal Al Bayane Actualités
par Mohamed Nait Youssef 8 janvier 2015

Entretien avec Lucile Bernard autour de son roman "La vie comme un poème"

Lucile Bernard, écrivaine et fondatrice du Centre de Création Artistique Riad Sahara Nour à Marrakech, est de retour. Elle vient de publier un autre roman aux éditions L'Harmattan intitulé "La vie comme un poème". Un roman qui donne la parole aux jeunes pour s'exprimer, sentir et s'épanouir sur la beauté du monde en faisant l'éloge des valeurs humaines dont l'amour, l'amitié, le bonheur et la beauté. Les détails.

Mohamed Nait Youssef : Y a-t-il un fil conducteur entre votre roman "Dernières nouvelles avant le jour" paru aux éditions L'Harmattan et celui-ci que vous venez de publier chez la même maison d'édition?

Lucile Bernard : Oui. On pourrait dire que la Voix est là, toujours présente à nouveau, la voix de ces jeunes, tous à nouveau issus de conditions modestes, qui essaient de vivre la vie à fond, chacun à sa façon, tous conscients de cette urgence à vivre, de cette fragilité de l'instant, de cette précarité de la vie qui peut s'enfuir à tout moment. Il y a leurs rencontres dans un petit café de bord de mer, leurs questionnements avec leur mots à eux, car ce sont des jeunes pas forcément lettrés, pas forcément bien éduqués, sur la vie, l'amour, la mort, le bonheur surtout. Il y a aussi cette nature, la mer, le soleil, omniprésents dans ce livre qu'on retrouve dans certaines nouvelles de "Dernières nouvelles avant le jour", cet émerveillement obstiné devant toute la beauté du monde, ce lien puissant à la nature qui relie les cinq amis, Tristan, Marie, Léo, Jules et Sarah, cette faim frénétique de liberté…

MNY: Jaques Derrida considère le titre parmi les singularités de l'écriture. C'est un seuil pour déguster le reste de l'histoire. Pourquoi avoir choisi "La vie comme un poème" comme titre de votre roman ? À votre avis, pour vivre en harmonie avec soi-même, le monde et les autres, faut-il poétiser sa propre vie ?

Le titre, "La vie comme un poème" parce que Marie, l'amour de Tristan, est, à elle seule, un vivant poème, parce que Tristan voit son bonheur tout entier dans les yeux de Marie, que ce bonheur, cet amour illuminent sa vie, chaque instant qu'il lui est donné de vivre. Tristan est un être un peu fragile, un peu déboussolé par les aléas de la vie, poète aussi à ses heures. Son amour, il va le chercher à travers ses mots, tous ces poèmes qu'il va écrire à Marie du fond de ses nuit, de son désarroi, de ses doutes. Parce qu'aussi, la vie, est là, partout, offerte comme un cadeau dans sa belle simplicité lumineuse et que nos yeux, habitués, sont bien souvent devenus aveugles, nos oreilles sourdes aux chants des oiseaux. On oublie de voir, on oublie d'entendre, d'aimer, l'habitude fait souvent le reste. L'harmonie, selon moi, se situe dans le juste rapport au monde, à soi-même et à l'autre, dans cette altérité, cette cohérence qui nous fait trouver sens à nos actes. Il appartient à chacun de trouver sa façon d'être au monde. La vie est comme une partition de musique, il suffit qu'elle sonne juste.

MNY : Tristan et Marie, deux jeunes, une rencontre et une histoire d'amour rimée avec la nature. Pensez-vous que l'homme des temps modernes doit renouer avec le cosmos, contempler la nature, lire et jouir de l'art, notamment dans une ère de non sens et signification ?
Oui, tout à fait. L'accélération du rythme de la vie, la montée en flèche des systèmes de communications informatiques coupent l'homme de ses vérités essentielles, fait du monde actuel un monde en passe de devenir un monde virtuel. Il faut revenir à l'essence, à la simplicité, se poser, décider de quitter ce manège infernal qui nous fait perdre de vue.

La contemplation de la nature nous reconnecte à nos racines, elle nous nourrit aussi. Nous faisons partie d'un tout, chaque arbre, chaque fleur, chaque étoile, à sa propre respiration et participe à l'équilibre de la planète et du cosmos. La lecture participe aussi à ce recentrage puisque génératrice d'idées, de questionnements, elle nourrit, elle aussi, l'imaginaire du lecteur. L'art pour moi est un outil précieux, un formidable territoire de liberté, d'échange, de reconnaissance avec soi et les autres. Il s'agit de trouver sa voix. Chaque voix est unique et contribue à l'élaboration de ce tissu vivant du monde.

MNY : Dans ce roman, vous donnez la parole aux jeunes pour s'exprimer, sentir et s'épanouir sur la beauté du monde en insistant sur les valeurs humaines dont l'amour, l'amitié, le bonheur… quel regard portez vous sur les jeunes de nos jours ?

Je crois beaucoup dans les possibilités des jeunes de nos jours. Je vois tout autour de moi, chez eux, un réel désir de s'exprimer à travers les mots, la poésie, le chant, la musique, le théâtre, le cinéma… Il y a chez eux un réel désir de se réapproprier cette liberté, de s'affranchir des quand dira-t-on, du carcan d'une tradition trop rigide. L'acte créateur n'est-il pas avant tout, par essence, un acte révolutionnaire ? Il faut leur donner les moyens d'être eux-mêmes, créer des espaces de créations, il ne faut pas oublier non plus tous ces jeunes en situation précaires, au chômage, dans la rue. Il faut créer des emplois, essayer de chasser la misère. Les jeunes, c'est l'avenir du pays et cela ne doit pas être le fait de quelques privilégiés. Chaque devenir compte, sans exception aucune. On ne doit laisser personne derrière soi, il faut contribuer à essayer de bâtir un monde heureux. Ce n'est pas une utopie.

MNY :Vous pensez que ce roman intéressera les réalisateurs pour un film ou une adaptation cinématographique ?

C'est possible. L'avenir nous le dira…

MNY : Qu'en est-il de vos rencontres littéraires, dédicaces et signatures de ce nouveau-né littéraire ?

"La vie comme un poème" est né le premier octobre 2014 et j'ai déjà participé à des signatures en France à Paris, à Annecy, j'ai été invitée aussi au Salon du livre de Boulogne Billancourt. D'autres rencontres signatures sont d'ores et déjà prévues : ce jeudi 8 janvier à 18h 30 à Casablanca à la librairie Carrefour des Livres, une autre à l'Institut Français de Marrakech le vendredi 23 janvier (18h30). D'autres signatures sont en cours en France comme à l'étranger.

MNY : Aurez-vous une signature lors du salon international du livre et de l'édition de Casablanca qui se tiendra le mois prochain ?

Pour le moment je n'ai pas encore été invitée. Si le cas se présente, je participerai avec plaisir. C'est l'engagement de tout écrivain, de contribuer à faire grandir son livre. L'écriture c'est aussi cela : apprendre à se déposséder et laisser le livre vivre sa propre vie. Comme le dit Marguerite Duras dans "Ecrire" c'est "sa séparation d'avec lui, le livre rêvé, comme l'enfant dernier-né, toujours le plus aimé".

"La vie comme un poème" éditions l'Harmattan. Octobre 2014. 125p.

Mohammed Nait Youssef

journal Al Bayane, janvier 2015

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Auteur concerné :

Lucile Bernard


dernière mise à jour : 18 août 2017 | © Amarante 2017 |mentions légales