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Critiques

critique littéraire de Nicole de Pontcharra sur "Dernières avant le jour" Lucile Bernard

Nicole de Pontcharra sur le livre de Lucile Bernard "Dernières nouvelles avant le jour "

L'originalité du recueil de nouvelles de Lucile Bernard réside essentiellement dans la capacité de l'auteur à choisir des sujets de la réalité vraie, celle d'un quotidien vécu ou observé et en même temps à se déporter du sujet de départ, de son centre, pour explorer les cercles périphériques vers lesquels l'imaginaire se déploie, dans ses connexions imprévisibles.
L'histoire n'est jamais linéaire mais portée par une sensibilité aigue et une intériorité très riche qui la densifient de manière à faire écho à d'autres musiques de l'âme, à d'autres situations d'hommes et de femmes malmenés par la vie.
La première nouvelle Noura nous apparait-être comme une métaphore du livre, contenant toutes les situations qui vont être décrites, transmises dans l'ensemble des textes. Forte, portée par une écriture sobre à la violence contenue, Noura met en scène l'enfance détruite qui hante tout le recueil. Détruite par le pouvoir de l'homme ou simplement disparue, emportée par la mort et laissant des êtres inconsolables, la petite fille, même si elle est devenue femme dans les rives de l'exil, nous met en face de l'innocence absolue, de la pureté saccagée et de l'horreur de la sujétion qui crée cette atteinte de l'intégrité de l'âme et du corps. Certes ce thème est en relation directe avec des situations sociales souvent observées. Mais tout l'art de l'écrivain est de maintenir le lien entre le fait brut, par exemple celui du viol des enfants par les adultes dominants, et tout ce qui se met en mouvement dans l'esprit de l'enfant. La dimension du tragique, créé par l'expression littéraire, élève le fait divers à une réflexion universelle transmissible et partageable. Au-delà de l'enfant c'est la femme qui parle, c'est la femme qui hurle son humiliation et son désarroi.
Si la perte est aussi forte c'est que l'amour est immense et salvateur, c'est aussi une des thématiques de ce livre attachant, l'amour et la nostalgie de la beauté, des êtres disparus ou à disparaître, l'amour qui fait aussi espérer et rêver, accueillir " les prophètes et les magiciens".
Quand on ferme la dernière page on se dit que l'auteur regarde le monde avec amour mais aussi avec colère, indignation.
Il faudrait que ça change. Quoi ? Beaucoup de réalités. Le règne des puissants sur les faibles, le règne de l'argent, l'attitude sexiste des hommes vis-à-vis des femmes, le déséquilibre entre les pays riches et pays pauvres qui fait chavirer les barcasses remplies d'exilés. Tout cela et bien d'autres choses.
Lucile Bernard tisse au fil des pages un récit intense où un regard et une parole justes la racontent, elle, femme de son temps, tout en évoquant les Autres.

Nicole de Pontcharra
janvier 2013

Auteur concerné :

Lucile Bernard


dernière mise à jour : 22 octobre 2017 | © Amarante 2017 |mentions légales