Louis Dumoulin, peintre des colonies

Michel Loirette

Louis Dumoulin, peintre des colonies aux éditions de l'Harmattan

Un roman ou une biographie ?

Ce livre publié aux éditions de l'Harmattan est un roman. Si les lieux, les faits historiques sont véridiques, les aventures de Louis Dumoulin doivent beaucoup à mon imagination. Très appréciée du vivant du peintre, son oeuvre connut, après sa mort, en 1924, un long purgatoire. De temps en temps, ses tableaux japonisants sont exposés au feu des enchères et obtiennent d'excellents résultats. Cependant, aucune étude ne lui fut jamais consacrée. Seule Lynn Thornton lui réserve quelques paragraphes dans son très bel ouvrage" les Africanistes, peintres voyageurs". Il était difficile dans ces conditions de décrire avec une rigueur d'historien la vie de cet artiste méconnu./.../
Lorsque j'ai commencé mes recherches sur Louis Dumoulin, je voulais d'abord lui donner la place qu'il mérite d'occuper dans l'histoire de la peinture de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. Celle d'un postimpressionniste talentueux, témoin de son temps, qui rapporta de ses multples voyages des tableaux d'un exotisme sagement contenu.
Le Japon, la Chine, la Malaisie, l'Indochine, Madagascar, l'Afrique du Nord pour ne citer que les principaux pays qu'il parcourut pendant plus de trente ans, constituent l'atlas historique de ce peintre voyageur. Lorsqu'il exposait dans les galeries d'Alexandre Bernheim, de Georges Petit, de Samuel Bing ou d'Ambroise Vollard, les visiteurs découvraient émerveillés ces rivages mythiques
situés à des milliers de kilomètres de la France. C'était, toutes proportions gardées, un chasseur d'images comme le sont aujourd'hui les grands reporters des chaînes de télévision./.../
J'ai pu collecter grâce à mes recherches, une masse importante de renseignements sur Louis Dumoulin. Insuffisante probablement pour établir une biographie exhaustive de l'artiste, mais riche d'anecdotes qui m'ont permis d'évoquer les grands moments de son existence. Les actes de la vie privée souvent imaginés ont été replacés dans un contexte historique rigoureusement exact. C'est en ce sens que ce livre est une biographie, mais une biographie romancée.
Ce qui est éminemment vrai, c'est le rôle qu'il put jouer avec d'autres peintres, dans l'essor du colonialisme. Les militaires et les politiques ne furent les seuls à favoriser cette politique d'expansion. Le colonialisme nous paraît aujourd'hui comme une monstruosité du monde occidental, mais il ne faut pas oublier qu'il fut considéré pendant très longtemps comme un modèle d'humanisme./.../De nombreux peintres voyageurs participèrent à cet engouement pour les colonies et appliquèrent la théorie selon laquelle les "nations supérieures devaient aider les peuples inférieurs"(Jules Ferry). C'est dans cet esprit que Louis Dumoulin créa le musée de Madagascar. Il était persuadé qu'en présentant aux indigènes les oeuvres de Renoir, de Monet, de Matisse, de Derain...ils seraient pénétrés par la culture occidentale. La démarche de Louis Dumoulin niait les traditions artistiques ancestrales de ce pays, parce qu'il les ignorait. Nous sommes encore bien loin de la prise de conscience de Claude Lévi-Strauss dans "Tristes Tropiques".
Cruelle ironie de l'histoire, les oeuvres inestimables de ces peintres célèbres que Louis Dumoulin choisit d'exposer à Antanarivo, brûlèrent toutes pendant la nuit du 6 novembre 1995 dans l'incendie du Palais de la Reine, le Rova Manjakamiadana.

Michel LOIRETTE


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